L’épuisement professionnel : quand l’individu rencontre les limites du capitalisme

Temps de lecture approximatif : 13 min

Introduction – l’épuisement comme collision entre l’individu et le système

 Le XXIème siècle est l’un des moments les plus paradoxaux de l’histoire humaine : jamais autant de stades de conscience n’ont coexisté, interagi, voire ne cessent de s’opposer au sein d’une même société. Les stades AN, BO, CP, DQ, ER et FS se croisent dans les rues, les institutions, les récits médiatiques, les discours politiques.

Pourtant, malgré cette pluralité, un stade domine : ER – Le capitalisme productiviste, qui structure nos identités, nos rythmes de vie, les valeurs morales, l’accès aux ressources et l’accès à la dignité.

Comme vu dans l’article précédent, ce système repose sur quelques croyances fondamentales : méritocratie, performance, croissance infinie, individualisme compétitif.

Ces croyances organisent les comportements collectifs, mais infiltrent aussi la psyché individuelle, en profondeur.

Et lorsque les fissures sociales deviennent trop visibles, le corps commence à dire ce que la société refuse d’entendre. Dans le langage médical, ces secousses portent un nom : l’épuisement professionnel.

Pour la Psychologie Zen intégrative (PZi), le burnout n’est pas une maladie. C’est un choc existentiel, l’effondrement d’un système compensatoire devenu trop coûteux, et souvent le signe qu’un mouvement d’éveil est possible.

 

1.     Pourquoi l’épuisement explose au XXIème siècle

Nous vivons dans une époque où plusieurs stades tentent simultanément de s’exprimer, mais où ER-capitalisme impose sa logique à l’ensemble du champ social.

Cette pluralité crée une dissonance cognitive constante entre le niveau qui essaie d’être satisfait et la marchandisation ER. En conséquence, l’individu tente d’assouvir ses besoins (de lien, de sens, de sécurité) en utilisant les outils disponibles mais ceux-ci sont conçus pour générer du profit et non de l’apaisement.

Le fantasme capitaliste de l’homo-economicus (Sahlins, 2009), qui postule un individu rationnel maximisant son bien-être, se fracasse ici contre la réalité clinique. L’épuisement professionnel apparait quand ce système compensatoire s’effondre. L’individu réalise que l’assurance ne rassure pas, que le réseau social ne relie pas, et que la performance ne rend pas heureux. Quand ce décalage atteint un seuil critique, le corps prend le relais.

 

2.     La violence de l’effondrement : quand le corps impose l’arrêt.

Dans la lecture PZi, l’épuisement professionnel n’est pas une simple fatigue. C’est une impasse de la conscience, un moment où le corps reprend le dessus sur les mensonges identitaires.

L’épuisement survient lorsque :

  • Les mécanismes de performance tournent à vide ;

  • Le sens de l’action se dissout ;

  • L’identité se réduit à la production ;

  • Le lien social se fragilise ;

  • Le corps ne peut plus soutenir la dissociation nécessaire pour fonctionner.

Cliniquement, cela se manifeste par :

  • Le brouillard cognitif : La mémoire flanche, la concentration devient difficile, comme si le « processeur » interne avait grillé.

  • La douleur somatique : Dos bloqué, migraines, insomnies, troubles digestifs.

  • L’anesthésie ou l’inondation émotionnelle: Soit plus rien n’est ressenti (dépersonnalisation), soit tout devient trop (angoisse incontrôlable pour des gestes quotidiens).

Dans la vision PZi, cette souffrance marque la mort de l’identité sociale. L’individu, construit autour du « faire » et du « produire » se retrouve face au vide.

Ce n’est pas une faiblesse : c’est un système interne qui refuse de continuer dans un environnement qui ne le nourrit plus.

Là où la médecine voit un « trouble de l’adaptation », la PZi voit ce message silencieux :

« Ce que je fais ne correspond plus à ce que je suis »

 

3.     L’éveil n’est pas mystique, c’est une transcendance de stade

Comme le souligne Steve Taylor, les expériences d’éveil ne sont pas des privilèges mystiques réservés à un petit nombre d’individus « spirituels ». Elles surgissent souvent dans des périodes de rupture : perte, maladie, effondrement, burnout, bore-out, brown-out.

Pour la PZi, l’éveil est un processus de développement, non un miracle. Il émerge lorsque les mécanismes compensatoires sont épuisés et que l’individu :

  • Reconnait la fatigue du corps ;

  • Cesse d’entretenir l’égo performatif ;

  • Identifie l’existence de mécanismes compensatoires ;

  • Reconnecte les ressentis et les émotions ;

  • S’ouvre à une nouvelle manière d’être au monde.


Trois chemins mènent à cette transition
 :

1)     L’épuisement des mécanismes compensatoires :

Le système collapsant ouvre un espace de remise en question.

2)     L’expérience qui casse le mode automatique

Un choc (rupture, perte, maladie, injustice) révèle l’absurdité du fonctionnement précédent.

3)     La rencontre transformatrice

Un individu ayant dépassé cette étape permet à l’individu de se déposer et de percevoir ce qui lui était invisible.

 

4.     Le piège du bien-être capitaliste

Lorsque le capitalisme sent ses frontières s’effriter, il réinvestit immédiatement le domaine du soin.

Le marché du bien-être explose (Teste, 2023) :

  • Méditation, yoga, hypnose, Reiki,

  • EMDR, EFT, neurofeedback, PNL,

  • Pierres, encens, objets ritualisés,

  • Programmes de « pleine conscience performative »,

  • Coaching de performance déguisé en spiritualité.

Le paradoxe est simple :

Le capitalisme vend l’éveil… pour empêcher l’éveil et subsister.

Il soulage, mais ne libère pas.
Il apaise, mais ne transforme pas.
Il stabilise et permet à l’individu de retourner produire.

Pour la PZi, certaines approches sont valides et efficaces – mais lorsqu’elles sont décontextualisées, déracinées de leur sens profond ou transformées en objets de consommation, elles deviennent des palliatifs à la machine ER.

 

5.     Pourquoi FS-vert surgit maintenant… et pourquoi ER le combat

Face à la froideur d’ER-Capitaliste, un nouveau stade émerge  FS (Vert). Ce n'est pas une simple mode idéologique, c'est un rééquilibrage systémique.

FS est la réponse immunitaire de l'humanité face à la déshumanisation ER. Ce stade réintroduit radicalement :

  • La pluralité (Reconnaissance des genres, des minorités et de l'intersectionnalité) ;

  • L'écologie systémique (l'homme fait partie de la nature) ;

  • L'empathie (la valorisation des émotions et du vécu subjectif).

Cependant, si FS-Vert est nécessaire pour équilibrer la rigidité du capitalisme, il porte une vulnérabilité : sa perméabilité. En rejetant toute hiérarchie, le système ER le récupère et le marchandise immédiatement.

  • L'écologie devient du "greenwashing",

  • La quête de sens devient du "happyness management"

  • La méditation devient un outil de productivité.

En parallèle, ER appelle CP et DQ à la rescousse :

  • Populisme,

  • Nationalisme,

  • Masculinisme,

  • Retour du religieux-nationaliste.

Pour l'individu en épuisement, le défi est de rejoindre la sensibilité de FS sans se faire happer par sa version commerciale, les anciens dogmes ou ses fonctionnements adaptatifs antérieurs.

Le combat actuel n'est donc pas seulement politique, il est psychique

 

6.     Les limites de la psychologie occidentale

La psychologie occidentale hérite de la rupture cartésienne qui demeure sa limite structurelle : elle sépare l’esprit du monde, l’humain du vivant, le symptôme de la signification.

Elle privilégie :

  • L’observable,

  • Le mesurable,

  • Le comportement,

  • L’optimisation,

  • Le retour à la performance.

La Psychologie Zen intégrative renverse cette perspective :

« Le symptôme n’est pas le problème, c’est une solution »

Prenons le délire :

  • Pour Freud : mécanismes de défenses.

  • Pour la TCC : distorsions cognitives.

  • Pour la PZi : tentative ultime de l’égo pour ne pas se dissoudre.

Face à l’angoisse de la disparition, l’esprit préfère construire une histoire fausse qu’aucune histoire à laquelle se raccrocher.

Les approches dissociatives (EMDR, hypnose, TCC orientées performance) sont utiles, mais dans un système ER, elles servent trop souvent à réadapter l’individu à la machine plutôt qu’à l’aider à retrouver son identité profonde.

La PZi utilise ces mêmes outils, mais avec une intention inverse : non pas pour adapter l’individu à la société malade, mais pour lui donner la force de trouver sa propre place, même si elle est ailleurs, en s’équilibrant dans l’ensemble de ses stades.

  

7.     La PZi : replacer l’égo et le lien au centre

Deux pôles guident toute transformation :

1)     L’égo - structure protectrice de l’identité associée au corps, parfois rigidifiée.

2)     Le lien – relation à soi, aux autres, aux mondes.

Sans lien, pas d’éveil.
Sans lien, pas de guérison.

L’épuisement professionnel devient alors une crise existentielle : le moment où l’être humain perd son « faire » et son « avoir », et se retrouve face à son Être.


Le burnout ne dit pas « tu es faible. », il dit « tu arrives au seuil. »

 

8.     Conclusion – L’épuisement comme seuil : Perdre pour pouvoir Être

Sortir du capitalisme paraît simple en théorie, mais c'est une épreuve titanesque en pratique. Cela demande de confronter nos peurs les plus archaïques :

  • La peur du manque,

  • La peur de l'exclusion,

  • La peur de la mort sociale.

Walter Benjamin notait que le capitalisme existe pour apaiser les angoisses qu'il génère lui-même. L'épuisement professionnel brise ce cercle : le sédatif ne fonctionne plus.

« Le costume est devenu trop petit pour ton âme. »

Comme l’enseigne le Zen : pour évoluer, il faut accepter de perdre.
Comme l’analyse la PZi : lorsque l’individu est privé de son "Avoir" (statut, argent) et de son "Faire" (performance, métier), il se retrouve nu face à son "Être".

L'épuisement n'est pas la fin du livre, c'est la fin du premier tome : celui de l'adaptation aveugle. La question n'est plus "Comment retourner travailler ?", mais "Qui suis-je lorsque je ne produis rien ?".

C'est à cette reconstruction, lente et profonde, que la Psychologie Zen Intégrative vous invite.

Dans le prochain article, nous explorerons comment, concrètement, bâtir cette nouvelle structure intérieure sans s'effondrer.

 

 Cet article s’inscrit dans le cycle d’introduction à la Psychologie Zen Intégrative (PZi) et à sa lecture des impasses contemporaines.

 

Bibliographie

Benjamin, W. (2019). Le capitalisme comme religion. Payot.

Bollinger, S., Neukam, M. et Guittard, C. (2023). Vers une responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) stratégique Une contrainte stimulant l’innovation. Innovations, 72(3), 65-102. https://doi.org/10.3917/inno.pr2.0150.

Sahlins, M. (2009). La nature humaine, une l’illusion occidentale, trad. Olivier Renault, paris, l’éclat

Savignac, E. (2024). Gamification. Dans G. Brougère et E. Savignac Dictionnaire des sciences du jeu (p. 169-176). érès. https://doi.org/10.3917/eres.broug.2024.01.0171.

Teste, C. (2023). Politiser le bien-être. Big Book.

 

[1] 'intégration d'éléments et de mécaniques de jeu (points, badges, classements, défis, récompenses) dans des contextes non ludiques (formation, travail, santé, marketing) pour stimuler l'engagement, la motivation (Savignac, 2024).

[2] La procédure Responsabilité Sociétale des Entreprise est un processus structuré en étape visant à favoriser la qualité de vie au travail, à encourager le dialogue entre les entreprise et la société (Bollinger & co, 2023).

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